31/10/2006

Le retour du réel



A-t-on jamais constaté l'existence d'une force? Non, seulement des effets, traduits en une langue totalement étrangère. Mais la régularité dans la succession nous a gâtés à tel point que nous ne nous étonnons plus de ce qu'elle a d'étonnant.
Nietzsche, Fragments posthumes XII, 2 [159]


L'inertie du réel n'implique rien moins que l'inertie de la pensée, mais bien plutôt son contraire. Violence et détours de la pensée, plis et méandres. Il s'agit de briser sa course. Car la vis inertiae du réel est justement de poursuivre uniformément sa non-route ou plutôt son trop plein de chemins, de fracasser nos attentes, de n'avoir de course que brisée.
Rosset aborde le réel par esquisses négatives. Le réel surgit dans les failles, "en creux", là où on s'y attendait le moins, comme le montre la multitude brisée d'exemples littéraires qui fait toute l'oeuvre de Rosset. Entre les exemples et dans les fissures des exemples. Ces exemples sont des détours, des abords; et ils montrent eux-mêmes, dans leur récit, que le réel ne se rencontre que de deux manières: à tâtons, avec prudence et humilité, ou en pleine figure, lorsqu'on pensait s'en être débarassé et que les dieux généreux en cruauté nous en offrent encore la saveur tragique.
Soldats de l'étonnement, tenez-vous prêts.