25/03/2013

[RADIO] Penser le réel, France Culture


A réécouter ou podcaster : "Penser le réel", Marie Richeux reçoit Clément Rosset ce lundi dans le cadre d'une semaine consacrée au réel.

France Culture
Pas la peine de crier par Marie Richeux
25 mars 2013, 16h-17h

26/01/2013

"Visiblement", Thomas Lévy-Lasne, Galerie Isabelle Gounod, Paris


"Visiblement" est une exposition du jeune artiste Thomas Lévy-Lasne, plus ou moins secrètement inspiré par la philosophie de Clément Rosset.

Thomas, 2008, huile sur toile, 60x60cm

Laetitia au lit, 2012, huile sur toile,  130x195cm

Dans Paris, 2012, huile sur toile, 120x120cm


Galerie Isabelle Gounod
13 rue Chapon, 75003 Paris

Du 5 janvier au 23 février 2013
Du mardi au samedi de 11h à 19h et sur rendez-vous
M° Rambuteau/Arts-et-Métiers

25/01/2013

Ce soir ou jamais


Clément Rosset était parmi les invités de Ce soir (ou jamais!), présenté par Frédéric Taddeï sur France 3 le 22 janvier dernier, pour parler, entre autres, de la lutte des classes et du mariage homosexuel.

L'émission peut encore être visionnée en ligne grâce à "Pluzz", profitez-en pendant qu'il est encore temps!

21/01/2013

Prix Procope des Lumières 2013


Clément Rosset s'est vu décerner le Prix Procope des Lumières 2013 ("un prix littéraire en hommage aux philosophes du siècle des Lumières") pour son ouvrage récemment paru chez Minuit, L'invisible. Il succède à Ruwen Ogien, récompensé en 2012 pour L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine. Clément Rosset était en compétition pour le verdict final Yves Citton, pour Renverser l'insoutenable et Frédéric Gros, pour Le principe sécurité.


"Le Procope, mythique café littéraire et politique, carrefour de la bonne chère, à propos duquel Voltaire écrivait : « seul l’esprit tenait lieu de carton d’invitation », était le lieu prisé des intellectuels pour se retrouver et débattre des idées nouvelles. A partir de 1751, les Encyclopédistes, Diderot, Rousseau, d’Alembert publient L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des arts et des métiers
Lancé officiellement en septembre 2011, Le PRIX PROCOPE DES LUMIÈRES est attribué à l’auteur d’un essai politique, philosophique ou sociétal, écrit en langue française et paru en librairie pendant l‘année en cours, du 1er janvier au 30 novembre. Les ouvrages présentés doivent mettre en avant une réflexion qui jette un regard nouveau, voire polémique, sur notre temps, dans la tradition de l’esprit critique, des libertés et de l’humanisme des philosophes des Lumières. Le lauréat reçoit en dotation un chèque d’un montant de 2 000€, une table au restaurant Le Procope valorisée à 2400€ sur 12 mois, ainsi qu’une prestigieuse bouteille de champagne de la Maison Vranken, le Millésime d’Or 1961."


Félicitations à Clément Rosset donc !

Les délibérations du jury, présidé par Jacques Attali, et composé de André Bercoff, Malek Chebel, François De Closets, Roger-Pol Droit, Caroline Fourest, Alexandre Lacroix, Aude Lancelin et Olivier Poivre d’Arvor ont fait l'objet d'une édition de l'émission Du Grain à Moudre, le 16 janvier 2013 sur France Culture, et peuvent donc être réécoutées (et téléchargées en podcast pendant encore quelques temps) ici.

Plus d'informations sur le Prix Procope.


PARUTION: S. Espinosa, "L'inexpressif musical"


Les lecteurs de ce blog connaissent sans doute Santiago Espinosa, commentateur et traducteur de Clément Rosset. Je tiens à signaler la parution prochaine de son livre sur la musique, d'inspiration bien évidemment rossétienne :





"Voici quelques années que la musique occupe une place dans le champ de la philosophie française. Bien sûr, la musique a été au coeur de la pensée de certains philosophes, notamment allemands, tels Schopenhauer et Nietzsche, mais force nous est de reconnaître qu'en ce qui concerne les auteurs français elle a souvent été négligée, sauf à quelques exceptions près (Bergson, Jankélévitch et Rosset, par exemple). Est-ce par une disposition trop rationaliste, héritière de la philosophie de Descartes, qui ne saurait accepter son caractère insaisissable et imperméable à l'interprétation ? Sans doute. Il semblerait toutefois que la musique commence ces derniers temps à trouver une certaine importance, voire une reconnaissance de la part des philosophes français. Une prolifération importante d’essais expliquant sa place dans la « French theory » en fait preuve. Or, peut-être à cause de la fraîcheur de ce fait, il se trouve que ces essais se heurtent souvent à une exigence ancienne, assez platonicienne au fond, consistant à ne considérer la musique qu’à la condition qu’elle « exprime » quelque chose (un sens toujours extra-musical, que ce soient les émotions humaines, les intentions politiques ou philosophiques du compositeur, etc.). Nous voyons dans cette disposition un grand tort fait à la musique, et ce à plus d’un titre. D’abord, parce que cette forme de penser la musique implique de ne pas écouter ce qu’elle « dit » — les sons articulés dans le temps — mais d’y chercher un sens caché, c’est-à-dire, paradoxalement, écouter autre chose que la musique. Ensuite, et surtout, parce que ce faisant nous manquons du même coup l’un des traits essentiels de la musique : sa capacité de susciter la joie. Si, au lieu de prêter l’oreille à ce qui se passe dans l’ici et le maintenant (les sons s’écoulant dans le présent) lorsque nous écoutons de la musique, nous portons le regard vers un ailleurs et un autre moment (ce que la musique est censée véhiculer au moyen d’une langue quelque peu confuse), la réalité musicale, qui procure chez certains l’intuition de l’allégresse, perd toute sa force et son efficacité. C’est là l’une des raisons pour lesquelles certains philosophes, d’inspiration plus ou moins romantique, ont affirmé un lien étroit existant entre musique et mélancolie : la musique, de par le fait même qu’elle serait prétendument expression de quelque chose d’autre, devient une manifestation de l’absence de cet autre (un contenu exprimé qui reste cependant toujours indésignable). C’est précisément ce regard qui fait grief à l’écoute ; c’est en voulant voir une expression (parfois même une représentation) de quelque chose à l’intérieur de la musique, et en faisant par là de l’art des sons un art des images renvoyant toujours ailleurs, que celle-ci et la joie qui l’accompagne sont bannies à nouveau et pour de bon de la réflexion. Pour notre part, en faisant souvent allusion à cette méprise, nous croyons en montrer à la fois le caractère illusoire et le trait plus fondamental qu’elle manifeste : le refus du réel au sens le plus large, à commencer par son caractère insignifiant et inexpressif. La réalité musicale n’est en vérité déplacée à un autre temps et à un autre lieu que parce que — c’est là notre thèse — la réalité en tant que telle est ainsi considérée d’emblée comme inintéressante, pis encore, comme indésirable. Que les choses soient telles qu’elles sont, voilà ce que certains philosophes semblent ne pouvoir accepter. Le discours que nous menons ici voudrait au contraire penser l’objet musical en tant qu’analogue du réel, sans dehors et sans profondeur, dans son inexpressivité essentielle. Aussi, l’ailleurs et le jadis nous ayant toujours détourné du domaine du réel, nous avons trouvé notre bonheur dans l’ici et le maintenant auxquels la musique nous renvoie sans cesse. Les anciens Égyptiens donnaient à la musique et à la joie un même nom : Hy ; c’est l’intuition de cette alliance qui guide ce travail, qui l’a fait naître et dont nous avons voulu en tirer et approuver toutes les conséquences."

Santiago Espinosa (Mexico, 1978) est docteur en philosophie et traducteur. Ses travaux ont comme centre d’intérêt le rapport entre musique, littérature et philosophie

15/01/2013

Recension: Stéphane Vinolo lu par Santiago Espinosa



D’une lecture aveuglante


Au sujet de Stéphane Vinolo, Clément Rosset. La philosophie comme anti-ontologie, Paris, L'Harmattan, 2012, 284 p.


Il y a, me semble-t-il, deux catégories d’hommes à jamais incapables d’entendre ce que vous dites : celle de vos ennemis et celle de vos amis. Rien à attendre des premiers, qui ont pris le parti de vous ignorer. Mais rien à attendre, ou plus exactement beaucoup à craindre, des seconds, qui vous aiment tant qu’ils seront toujours incapables, par un effet de sympathie préalable et hallucinatoire, d’entendre de vous autre chose que ce qu’ils désirent s’entendre dire personnellement, pour correspondre à leurs propres soucis et fantasmes. 
C. Rosset, En ce temps-là

All eyes and no sight 
Shakespeare, Troïlus et Cressida


1.

Il est des lectures de commentateurs de textes philosophiques où il est souvent très difficile de ne pas voir un grain, et parfois une bonne dose, de malhonnêteté. Il suffit de penser à certains livres sur Nietzsche et sur Wittgenstein, entre bien d’autres, pour se rappeler la stupéfaction qu’on éprouve à les entendre dire tout à coup l’exact contraire de leurs thèses, et ce pour les voir condamnés aussitôt au discrédit au profit des thèses du commentateur. On ne reconnaît pas l’auteur en question tout simplement parce qu’on ne nous le donne volontairement pas à voir. Cela est bien connu de tout le monde. — Mais il est d’autres lectures sans doute plus bizarres qui, tout en essayant de donner à voir un auteur avec une certaine bienveillance, le cachent encore davantage du fait qu’elles font voir trop, et là où il y avait quelqu’un qui disait quelque chose, l’on voit de nombreux personnages disant une multiplicité de choses contradictoires, et à la fin personne ne disant rien du tout. Tout se passe comme si l’excès de lumière qu’on jette afin d’éclaircir un auteur qu’on a dû considérer comme n’étant pas assez clair par lui-même, telle une ombre, finissait par le faire disparaître tout à fait. C’est là le cas du livre récent de Stéphane Vinolo consacré à la pensée de Clément Rosset. Double dommage que ce texte, puisque non seulement le public est en droit d’être déçu du fait qu’il n’y ait jusqu’à présent guère d’autres commentaires de l’oeuvre de Rosset, mais qu’en plus celui-ci, l’un des premiers à paraître, n’en fournisse lui non plus aucun. 

La thèse du livre est simple — « il n’y a de réel, selon Rosset, que le double » — et va à l’encontre de toute lecture possible, bienveillante ou malveillante, de l’oeuvre en question. Elle est bien évidemment contestable dans la mesure où Rosset n’a fait dans son oeuvre que répéter une seule idée, le contraire : que le réel est le réel et que les hommes inventent des doubles hallucinatoires pour y échapper. Or s’il est vrai que la thèse de Vinolo est simple, et même susceptible d’adhésion car relevant du domaine convenu du kantisme (selon lequel le réel est une construction du sujet), l’argumentation qui l’identifie aux idées de Rosset ne l’est pas, puisqu’elle repose sur un grand nombre de contresens et de surinterprétations qu’il n’est peut-être pas inutile de recenser ici rapidement ; cela permettra en même temps de rappeler quelques-unes des thèses de Rosset. 


2.

Le livre de Vinolo est composé de trois chapitres et possède une certaine structure dans la mesure où chaque thèse avancée suppose la compréhension de (et l’adhésion à) la thèse précédente — ce qui se traduit malheureusement en ceci que chaque contresens en entraîne un nouveau, et qu’à la fin l’on nous présente une thèse non seulement contestable mais bien objectivement insoutenable.

La première partie de ce livre est consacrée à l’exposé de ce que Vinolo appelle « l’anti-ontologie » de Rosset. C’est là qu’a lieu la première surinterprétation de Vinolo, et le fondement premier de tous les contresens qui vont suivre. Le problème est que notre auteur, au lieu de lire les textes de Rosset (qui se caractérisent d’ailleurs par leur clarté) et de tenter de les expliquer par eux-mêmes, fait appel à nombre d’autres auteurs, et parfois aux auteurs les plus éloignés de l’univers rossetien : au lieu de faire appel à Lucrèce, Montaigne, Hume, Nietzsche ou Bergson, auteurs que Rosset lit attentivement et cite souvent en s’en recommandant, Vinolo cite Descartes, Rousseau, Marion, Badiou et Derrida, auteurs que Rosset non seulement ne cite guère mais avec lesquels il se dit être en général en parfait désaccord. C’est cela, nous semble-t-il, qui fait que Vinolo, au lieu de lire dans l’oeuvre de Rosset, et en particulier dans l’interprétation que fait ce dernier de Parménide, une identification de l’être et du réel, a fait une lecture confusionnelle s’appuyant sur un texte d’extrême jeunesse de Rosset (Le monde et ses remèdes, 1964) et a conçu, à la place du concept de réel, les étranges concepts d’ « événement », de « donné » ou encore de « donation ». Ces notions, à peu près absentes dans l’oeuvre de Rosset, sont chargées par surcroît d’un certain nombre de déterminations aussi incompréhensibles qu’hallucinantes : là où Rosset identifie l’être à la réalité commune, sensible et palpable, Vinolo croit découvrir un événement qu’il qualifie de « tragique » en raison de son « manque de causalité inter-phénoménale » (p. 101). Le lecteur sera très surpris de lire par la suite que Rosset a besoin, d’après Vinolo, de la notion de création continue de Descartes : puisque sans elle, la réalité palpable serait susceptible de changer à chaque instant (en sorte que les rues de Paris pourraient se transformer soudain en canaux de Venise). 

Dans ce même livre cité par Vinolo, Rosset avait écrit, ainsi que dans son premier livre (La philosophie tragique, 1960), que le réel est ce qui échappe à l’interprétation. Rosset tente de montrer précisément que l’interprétation moralisante de la réalité qu’il y critique consiste à ne pas accepter que celle-ci puisse être insignifiante ou absurde. C’est là une idée chère à Rosset et qu’il développera tout au long de son oeuvre : le réel est insignifiant, « idiot », singulier, tautologique, — et toute tentative humaine de lui donner un sens est de ce fait vouée d’emblée à l’échec. Mais Vinolo, en faisant une lecture loufoque d’un autre ouvrage de Rosset (L’Anti-nature, 1971), en vient à lire, on ne sait très bien comment, le contraire, savoir, que le réel est une construction humaine : « sans interprétation, le réel lui-même n’est rien » (p. 119). Deuxième contresens gros en conséquences, produit selon l’auteur lui-même d’une « déconstructions derridienne » (p. 110) implicite dans l’oeuvre de Rosset, et qui préfigure déjà la thèse de ce livre, que Vinolo partage avec le préfacier, Ch. Ramond. Cette thèse, d’origine kantienne, nous l’avons dit, a suscité et suscite encore aujourd’hui l’enthousiasme de la philosophie universitaire ; mais elle est l’une des thèses auxquelles s’attaque justement Rosset dans toute son oeuvre.

 Ces deux premiers contresens en révèlent un nouveau qui clôt la première partie du livre de Vinolo, et qui du reste fait pressentir le véritable souci de l’auteur : c’est que, le réel devenu ce monstre conceptuel dont parle Vinolo, a pour caractéristique selon ce dernier, et pour comble de malheurs, de défendre toute action humaine en général, et politique tout particulièrement. Il est vrai que la politique ou l’action sociale ne constituent pas des sujets intéressant la philosophie de Rosset. Ce dernier ne s’est exprimé à ce sujet que dans ses « Remarques sur le pouvoir » (in Le philosophe et les sortilèges, 1985). Mais Vinolo, qui est un fervent démocrate, croit devoir démontrer que cette « anti-ontologie » de Rosset ne s’oppose pas, comme on pourrait le croire, à l’action politique (ce à quoi la philosophie de Rosset, étant une philosophie du réel dont l’action humaine fait évidemment partie, ne saurait en aucune manière s’opposer). Or Vinolo, afin de soulever cet obstacle qui n’en est pas un, a cru devoir relever une fracture dans l’oeuvre de Rosset, un « revirement » (idée qu’il tient probablement du préfacier, que Vinolo cite souvent avec admiration, et qui voit pour sa part « un complet sea-change », p. 25) : Rosset aurait cessé de croire « à tort » en l’unicité du réel pour affirmer ensuite que le réel est le produit de l’imagination humaine.

3.

La philosophie (et la psychologie) de Rosset peut se résumer à l’idée que les hommes ont une incapacité fondamentale à accepter la réalité. Il faut entendre par là, nous l’avons dit, la réalité commune et courante, les faits que nous vivons tous les jours. Mais aussi, et surtout, que pour échapper à cette réalité qu’il considère souvent indésirable, l’homme invente toutes sortes de réalités « alternatives » qui sont censées lui convenir davantage. C’est cela que Rosset appelle le « double » : une fois que vous vous retrouvez face au réel — par exemple, lorsque vous vous rendez compte que votre femme vous trompe —, cette réalité se voit brusquement dédoublée par une autre réalité hallucinatoire qui s’accommode mieux de vos désirs : au moyen d’un argument fantasmagorique, vous concluez du fait que votre femme vous trompe, fait dont vous avez la preuve sous les yeux, qu’elle ne vous trompe pas (je ne souhaite pas être cocu ; ma femme me trompe ; donc je ne suis pas cocu). Cette conclusion n’est pas le fait d’un manque d’éléments qui seraient à même de vous donner la certitude, mais d’une prédisposition à ne pas accepter que ce qui vous déplaît existe. Or cette duplication de la réalité n’est pas l’apanage des aliénés, mais, selon Rosset, elle concerne la plupart des hommes (et nombre des philosophes en particulier). Au contraire, la philosophie de Rosset, comme celle de Nietzsche, consiste dans une affirmation inconditionnelle de ce réel unique, affirmation qui conduit chez tous les deux à la joie.

Mais Vinolo, bien qu’il se recommande d’un certain spinozisme, quoique tout aussi étrange que son prétendu rossetisme, considère que cette affirmation que le réel est le seul réel, malgré les désirs déçus des hommes, est insoutenable, et trouve que la théorie du double de Rosset en souffre. C’est dans cet esprit qu’il propose cette théorie saugrenue selon laquelle Rosset serait venu, dans un passage de ses livres dans lequel il commente L’Oreille cassée de Hergé (dans Le Réel. Traité de l’idiotie), à reconnaître que le réel n’est rien sans les doubles hallucinatoires qu’inventent les hommes pour y échapper, — mais à quoi essayons-nous d’échapper alors ?, quelle est l’utilité d’inventer des échappatoires à ce qui n’existe pas ? ; — thèse que Vinolo estime être cette fois-ci franchement derridienne (et il s’étonne que Rosset ne se soit pas pour le reste inspiré depuis toujours de la philosophe de Derrida, p. 182). Or il faut remarquer tout d’abord que, contrairement à ce qu’en dit Vinolo, Le Réel est publié en 1977 et non en 1997. Cette première erreur à cet égard a permis à Vinolo d’affirmer, à tort, que Rosset est « revenu » sur ses premières idées ; en fait, après ce livre Rosset a publié L’Objet singulier, Le Principe de cruauté, Le Démon de la tautologie, etc., livres en parfait accord avec la théorie de la singularité du réel et du double hallucinatoire et que Vinolo semble ne pas avoir lus ou compris. Et il faut ajouter que le texte que Vinolo commente ici — « Le fétiche volé ou l’original introuvable » (post-scriptum au Réel et son double contenu dans Le Réel) — n’affirme nullement que le réel n’est pas réel sans le double qui tente de s’y substituer, mais que toute chose est singulière (notion de grande importance chez Rosset et absente dans le livre de Vinolo), ce qui veut dire qu’il n’y a pas un « modèle métaphysique » pour les choses réelles (et le réel n’est pas du tout un modèle métaphysique pour les choses réelles qui n’existeraient pas sans celui-là, mais toutes les choses sont réelles du moment qu’elles existent).

Cette méprise de notre auteur s’accompagne d’une mécompréhension plus généralisée de ce que Rosset entend par « double » et expose pour la première fois dans Le Réel et son double (1976), et c’est justement cette inadvertance qui conduit Vinolo à formuler la thèse de son livre. On sait — parce que Rosset y revient sans cesse — que cette idée du double est illustrée selon lui de façon remarquable par la structure oraculaire, très particulièrement manifeste dans la tragédie d’Oedipe roi de Sophocle. Nous exposerons d’abord l’interprétation que Vinolo donne des textes sur le double parce qu’elle a l’avantage de manifester l’erreur même que Rosset tente de faire remarquer. On connaît l’histoire d’Oedipe : l’oracle annonce au roi de Thèbes, Laïos, qu’il lui est interdit de procréer un fils, faute de quoi ce fils tuera son père et épousera sa mère, Jocaste. Afin de éviter cela, Laïos fait tuer son fils Oedipe lorsqu’il est né ; le serviteur chargé de l’exécution préfère l’abandonner et Oedipe est récupéré par le roi de Corinthe, Polybe, qui l’adopte. Mais Oedipe, ayant pris connaissance de l’oracle, quitte aussitôt Corinthe où règne celui qu’il tient pour son véritable père et s’enfuit vers Thèbes. Il rencontre sur son chemin Laïos, qu’il tue, puis il résout l’énigme de la sphinge, et épouse la veuve de Thèbes, Jocaste. L’oracle est ainsi accompli. Le commentaire naïf de Vinolo consiste à dire : « si Oedipe avait su que le père qu’il devait tuer était Laïos et non pas Polybe, il n’aurait jamais quitté Corinthe » (p. 150). Ici, Vinolo en profite pour avancer une thèse qu’il tient de R. Girard au sujet des « bons » et des « mauvais » doubles, que Vinolo considère comme « métaphysique », et qui est à son sens à l’origine de l’interprétation de Rosset de la tragédie d’Oedipe roi. Mais l’interprétation qu’en donne Rosset, et ce non seulement dans Le Réel et son double mais partout ailleurs, est tout autre — et c’est en plus cette thèse qui est le véritable coeur de la réflexion de Rosset sur le double : c’est que justement cette alternative qu’ouvre Vinolo (« si Oedipe avait su ») est à l’origine de l’illusion qu’il y a une échappatoire au réel. Ce que cette théorie veut dire est que le réel est unique, qu’il n’a aucune alternative possible, et que si Oedipe se sent « dupé » en accomplissant l’oracle, c’est qu’il imagine qu’il existe une réalité autre ; réalité illusoire dans la mesure où en elle le cours des événements serait autre qu’il n’est, dans laquelle Oedipe n’aurait pas tué son père ni épousé sa mère. Lorsque Vinolo écrit « s’il avait su, il n’aurait pas quitté Corinthe », il ne fait que tomber lui-même dans l’illusion qu’il existait une telle alternative (bonne ou mauvaise, peu importe), une autre réalité qu’Oedipe aurait pu choisir. La morale de la théorie de Rosset est au contraire, comme on sait, que jamais l’oracle ne se serait accompli sinon par la voie qu’Oedipe a prise pour y échapper — ou du moins n’aurait pu s’accomplir que par des voies mille fois plus compliquées et improbables que la voie qu’il a empruntée, qui se révèle la voie la plus simple et la plus directe pour le faire, ceci indépendamment d’une prétendue ruse de l’oracle qui aurait abusé Oedipe en lui suggérant une parade à la catastrophe qui est en fait le moyen le plus sûr et le plus rapide de la provoquer —, ce qui montre que, de toute façon, il n’y a qu’une réalité que nous devions prendre en charge (et que nous la rencontrerons même, et surtout, dans la réalité imaginaire que nous inventons pour la fuir). Ce n’est pas que le réel ait lui-même la structure oraculaire, mais : 1° qu’il n’y a pas d’échappatoire au moyen des doubles hallucinatoires (réalités alternatives), et surtout : 2° que ces doubles sont par définition indésignables : c’est parce qu’ils ne prétendent autre chose que se substituer au réel (ou encore, l’annihiler), que l’on ne peut même pas dire ce qu’ils sont ni en quoi ils consistent. Ils constituent une série d’hypothèses qu’on déclare pouvoir opposer simplement au scénario oedipien jusqu’au moment où l’on s’aperçoit que, tout en croyant pouvoir facilement songer à des tas d’autres scénarios possibles, on serait bien incapable d’en préciser un seul. Ou alors ce seraient des scénarios possibles, on l’a vu, mais dix fois plus abracadabrants que la petite méprise de la double paternité, qui se révèlera fatale (Oedipe n’a pas le choix bien que l’oracle laisse une ambiguïté, non sur ce qui se passera de toute façon, mais sur la double paternité et la double identité : qui est mon père ? Polybe ou Laïos ? Et qui suis-je moi ? Le fils de Laïos ou celui de Polybe ?). C’est en cela que consiste la « parole ‘oblique’ de l’oracle » dont parle Rosset, et dont Vinolo considère qu’elle est « l’une des phrases les plus difficiles et mystérieuses de Rosset » (p. 154). Mais aussi, c’est à partir de cette mécompréhension totale que Vinolo estime devoir avancer sa thèse, selon laquelle le réel n’existe pas sans le double, ce qui est forcer les mots de Rosset, et qu’il y a là « une raison supplémentaire de nous rapprocher petit à petit de la thèse de leur profonde identité » (ib.), ce qui n’est pas forcer les mots mais tomber carrément dans une mer de confusion, et dont le reste de l’ouvrage de Vinolo est le malheureux témoin.

Cette mésintelligence du propos s’accompagne d’une thèse selon laquelle il y aurait pour Rosset deux sortes de « doubles », thèse dont Vinolo estime qu’elle est à l’origine de la contradiction entre les « deux philosophies » de Rosset. C’est que Rosset a parlé, dans Impressions fugitives (2004) et dans Fantasmagories (2006), de ce qu’il appelle par commodité de langage des « doubles de seconde espèce » — ce par quoi il entend l’écho, l’ombre, le reflet des choses : des témoins du réel participant eux-mêmes du réel —, mais qu’il a le soin de distinguer des « doubles hallucinatoires » dont il est plus souvent question sous sa plume. Or cela ne met nullement en question ce qui a été dit, et ce qu’en dit Rosset plus tard (par exemple dans Tropiques, 2010), ni sur le réel ni sur le double : il y a d’une part des doubles qui prétendent se mettre à la place de la réalité (réalité alternative moins déplaisante) ; d’autre part, il y a des doubles qui témoignent de cette même réalité (mon ombre témoigne de mon corps). Les uns constituent le double hallucinatoire de quelque chose, les autres accompagnent, sans l’anéantir, quelque chose. Il n’y a entre les deux qu’un air de famille. Au contraire, Vinolo estime que les doubles sont le seul réel, ou, ce qui est la même chose, qu’ils sont « des doubles de rien » (p. 177). Le contresens de Vinolo vient, non seulement d’un manque de hiérarchisation, omniprésente dans son livre, des sujets et des mots de Rosset, mais aussi d’une lecture superficielle et partiale de l’oeuvre de Rosset : celle-ci demeurant cohérente au point que Rosset estime pouvoir recueillir ses vues sur le réel et ses doubles dans un seul volume : L’Ecole du réel (2008). Ou alors, d’un manque total de compréhension du propos général de Rosset que tant Vinolo que Ramond ont pris le parti, de façon consciente ou inconsciente, de contester.


4.

La troisième et dernière partie du livre de Vinolo est une suite de développements de cette conclusion contradictoire. Elle se divise en deux parties : dans la première, Vinolo entend élucider le problème de l’identité que Rosset étudie dans Loin de moi, et en tirer des conséquences sur les livres où ce dernier décrit sa dépression nerveuse (notamment dans Route de nuit). La deuxième partie est une tentative de rallier Rosset à l’enthousiasme démocratique de Vinolo.

Loin de moi (1999), ainsi que le texte « Que suis-je ? » inclus dans Tropiques (2010), sont des textes où Rosset défend l’idée, ainsi que l’ont fait Montaigne, Pascal ou Hume, que l’ « identité personnelle », le moi que nous nous représentons comme étant immobile derrière toutes nos perceptions et représentations, est une illusion métaphysique servant d’une manière ou une autre à fonder diverses formes de morale. Route de nuit (1999), ainsi que Le monde perdu (2009), sont des journaux plus ou moins intimes où Rosset décrit une série de rêves angoissants qu’il a faits lors d’une période de dépression et qui ne font pas proprement partie de son corpus philosophique. 

Mais comme à son habitude, Vinolo lit dans ces livres l’exact contraire de ce que tout autre lecteur peut lire. Essayant de comprendre Loin de moi, Vinolo fait des analyses à l’aune de Girard et de Levinas et conclut que l’identité personnelle correspond à ce réel qu’il a estimé inexistant, et ainsi que l’identité sociale correspond au double, ce qui, à ses yeux, non seulement prouve sa thèse mais lui permet en outre de relier la philosophie de Rosset à la « théologie » (p. 207) ; car, d’après Vinolo, l’identité de Dieu est aussi insaisissable que la nôtre (?). Nouvelle méprise qui conduit notre auteur à manquer encore une thèse : celle où Rosset expose l’ineffabilité des choses singulières, en mettant comme exemple un bout de camembert qu’on pourrait à la limite différencier des autres fromages, mais dont on serait incapable de dire quel est son goût particulier, son identité. Vinolo interprète cela, en se méprenant sur l’illustration, et en comparant un camembert à un autre, comme étant l’indice d’un langage théologique de la « donation » (?) (p. 211).

Quant aux écrits biographiques, dans lesquels Rosset affirme que ses rêves sont angoissants du fait qu’ils annoncent le réveil, le retour à la réalité (réalité alors indésirable à cause de la dépression), Vinolo croit devoir les élucider à l’aide de Descartes, ce qui le conduit à conclure, tantôt que, selon Rosset, le rêve est plus réel que le réel, tantôt que le rêve est le « paradigme » du réel (p. 231). — Ce qui est très frappant dans ce marécage de confusion est que Vinolo a l’art de citer les paragraphes de Rosset qui contredisent, on ne peut plus clairement, mot par mot chacune des thèses que notre auteur avance (en ce sens son livre est moins le fruit de la malhonnêteté, on l’a dit, que de l’extravagance).

Le livre se termine par une analyse sur la politique de Rosset, thème qui n’apparaît guère sous sa plume mais qui, selon notre auteur, « hante toute sa philosophie » (p. 233). On reconnaît ici le geste heideggérien consistant à dire qu’une philosophie s’explique, non par ce qu’elle dit, par ce qu’elle donne à voir, mais par ce qu’elle ne dit pas, par ce qu’elle ne montre pas. Le propos de Vinolo tend à montrer que, malgré ce qu’il a pu en conclure lui-même de sa lecture des livres de Rosset, ce dernier n’est pas un « réactionnaire », mais un « démocrate » (p. 245-246), ce que, à notre connaissance, Rosset n’a écrit nulle part. Cependant, ces pages sur la « Politique de l’anti-ontologie » sont intéressantes et pour une fois correspondent assez aux thèses de Rosset. La critique spinoziste (il faudrait dire surtout hobbesienne) de l’intériorité de l’intention et de la morale en faveur d’une politique du droit et de la légalité est en effet la position politique défendue par Rosset dans ses « Remarques sur le pouvoir » (loc. cit.), ainsi que dans ses critiques adressées à la morale (dont Vinolo ne dit mot). Cette thèse (juste) contredit du même coup le contresens effectué par Vinolo dans la première partie, où il affirmait que l’action humaine était selon Rosset illusoire, puisqu’il dit à présent : « Rosset ne s’intéresse qu’à l’action des individus » (p. 250). Mais de cette analyse, où Vinolo s’exprime au sujet de la démocratie, en allant jusqu’aux transports, s’ensuivent hélas deux nouveaux contresens consistant, l’un, à affirmer que, selon Rosset, la légalité « moralise » le peuple (alors qu’on connaît l’horreur qu’éprouve Rosset au sujet de tout propos moral), et l’autre, à identifier encore une fois, par un nouveau tour de force imposé aux mots, la représentation (incarnée ici dans l’identité de Louis XIV) et la réalité, et donc le réel et le double. 


5.

Double dommage que ce livre délirant, disions-nous au début, qui du reste promet de s’accompagner bientôt d’un deuxième volume, où l’auteur se propose de nous livrer d’originales interprétations au sujet de la philosophie de l’art et de la musique de Rosset. Dommage parce qu’il rappelle qu’il n’y a pas encore de commentaires sérieux sur l’oeuvre de ce penseur singulier et fécond qu’est Rosset ; dommage encore parce que la bienveillance de l’auteur consiste à défendre l’oeuvre de Rosset en l’identifiant à ce qu’elle entend critiquer. On serait en droit de dire que ce livre souffre de ce que Freud appelle, dans Délire et rêve de la « Gradiva » de Jensen, le don de l’hallucination négative, puisque l’auteur, comme le héros du roman de Jensen, « possède l’art de ne voir ni reconnaître les personnes présentes ». Pour Vinolo, Rosset est un grand philosophe dans la mesure où, en le lisant attentivement, on s’apercevrait que Rosset n’est pas Rosset, mais Derrida. Manie universitaire qui rappelle une phrase bien connue de Cassirer (« il fallait Kant pour pouvoir comprendre les idées de Rousseau »). Mais le lecteur peut néanmoins tirer quelque chose de cette lecture, savoir, que la pensée de Rosset — qui affirme que le réel est réel et que c’est en cela qu’il est merveilleux — est malheureusement vouée à l’ignorance, au sens large du mot : d’abord, de la part de ses détracteurs, qui la contestent ouvertement (tel le préfacier du livre, considérant que le réel est une construction humaine) ; mais encore de la part de certains de ses supporters, qui la contestent aussi bien tout en voulant l’ « éclairer ». L’idée que la réalité puisse n’être rien qu’elle-même, voilà ce qui semble indigeste aux lecteurs, qu’ils l’avouent ou pas, qu’ils s’en aperçoivent ou pas. 

Santiago Espinosa

12/12/2012

Nouveaux opuscules


La plupart auront probablement noté la parution à la rentrée de deux nouveaux opuscules de Clément Rosset, Récit d'un noyé et L'invisible :


"Pendant que des médecins travaillaient à me maintenir en vie, à la suite d’une noyade qui aurait dû finir fatalement, j’ai vécu, ou rêvé, ou halluciné, des aventures si extraordinaires que l’idée m’est venue d’en rapporter au moins quelques-unes."




"Réflexions sur la faculté humaine de voir ce qui est invisible, d’entendre ce qui est inaudible, et de réaliser cet exploit, apparemment contradictoire, qui consiste à ne penser à rien."


Bientôt ici, peut-être, une petite chronique de ces deux ouvrages...

01/11/2012

Nietzsche's Eternal Recurrence, Scrambled Sideways

Post de Eric Scwhitzgebel, publié sur son blog The Splintered Mind

Nietzsche's Eternal Recurrence, Scrambled Sideways:

Nietzsche writes:
What, if some day or night a demon were to steal after you into your loneliest loneliness and say to you: "This life as you now live it and have lived it, you will have to live once more and innumerable times more; and there will be nothing new in it, but every pain and every joy, and every thought and sigh and everything unutterably small or great in your life will have to return to you, all in the same succession and sequence? -- even this spider and this moonlight between the trees, and even this moment and I myself. The eternal hourglass of existence is turned upside down again and again, and you with it, a speck of dust!"

Would you not throw yourself down and gnash your teeth and curse the demon who spoke
thus? Or have you once experienced a tremendous moment when you would have answered him: "You are a god and never have I heard anything more divine." If this thought gained possession of you, it would change you as you are or perhaps crush you. The question in each and every thing, "Do you desire this once more and innumerable times more?" would lie upon your actions as the greatest weight. Or how well disposed would you have to become to yourself and to life to crave nothing more fervently than this ultimate eternal confirmation and seal? (Gay Science 341, Kaufmann trans.).

Unlike some readers of Nietzsche, I'm inclined to think Nietzsche intended his remarks about eternal recurrence not as a mere thought experiment but rather as a genuine cosmological possibility. His unpublished reflections on eternal recurrence suggest a view not unlike that of his contemporary, physicist Ludwig Boltzmann. In a universe of finite relevantly different combinatorial possibilities, infinite duration, and some means of avoiding permanent collapse into entropy, it is plausible to think that eventually the current configuration of the world will recur, not just once but infinitely often. And if one adds determinism to the picture (as most would have done in the 19th century), then once the current configuration recurs, the same subsequent states will follow. Voila, eternal recurrence.

Now update to the early 21st century by adding multiverse theory and randomness. What do we get? Eternal recurrence scrambled sideways! Sideways because the infinitely many duplicates of you need not exist only in your past and future (and in fact probably don't, assuming a finite or entropy-collapsing observable universe and universe-local spacetime) -- rather they exist "sideways", outside of our observable universe. And scrambled because rather than being destined always to play out the same, every finite possibility is played out, infinitely often.

So, on this view -- which is well within the range of the mainstream options in contemporary scientific cosmology -- there are infinitely many "Eric Schwitzgebel"s in infinitely many universes who have lived their lives identically to mine up to this minute. Given that there is a huge variety of highly improbable but finitely probable weird futures for these Eric Schwitzgebels, infinitely many Eric Schwitzgebels play out each of these weird outcomes. Infinitely many of my up-to-now counterparts decide to leave philosophy forever to pursue a hopeless career in football, infinitely many leap to death from the top of the tower, infinitely many spend the rest of the week stapling pages of Kant's first critique atop relevant passages of Hume's Treatise. And of course infinitely many also finish this blog post, in every possible way it might be finished.

How should I feel about these counterparts of mine, assuming such a cosmology is the correct one, as seems possible? They are oddly close to me, in a way, though universes distant. I can't quite find myself indifferent to them -- just as Nietzsche can't find himself indifferent to his future counterparts who must live out his every decision. Though it seems weird to say so, I find myself feeling sorry as I imagine their sufferings. I don't feel the heavy weight of Nietzsche's eternal recurrence, though. I'm not sure I would feel that weight even on Nietzsche's original assumptions, but definitely not now. Maybe instead there's a lightness: Even if I decide wrong, there will be infinitely many Erics who get it right! Conversely, there's an eeriness too: Infinitely many Erics bashed their cars headlong into that oncoming traffic.

Maybe I shouldn't take such reflections very seriously. The cosmology might not be correct. Even if it is correct, I'm the only Eric Schwitzgebel, UC Riverside philosopher, in this universe, and I really shouldn't care at all about what transpires in other universes, no matter how eerily similar. Should I? There are plenty of other people, right here on our own Earth, past and future, whom I should care about more, right? Because they're... well, why exactly? Because they're closer?




17/09/2012

[ERRATUM] Rectificatif à propos de l'interview dans PhiloMag

A la suite de son interview publiée dans le Hors-Série de Philosophie Magazine, et aux malentendus qu'elle peut entraîner, Clément Rosset me fait parvenir la mise au point suivante dont il faut bien prendre note :
Je déplore le texte de mon « Interview », publié en août 2012, dans l’album hors-série que je n’ai malheureusement pas eu l’idée de lire avant sa publication. Il s’y trouve, outre quelques sottises, deux faussetés matérielles que je dois rectifier. Naturellement je n’ai jamais téléphoné à la police pour appeler à la rescousse des professeurs menacés par les étudiants (je n’ai d’ailleurs jamais, à ma connaissance, téléphoné à la police). La scène des étudiants qui craignent d’être égorgés vifs par les professeurs, dont j’ai été effectivement témoin, se passait du reste non pas à la Sorbonne en 1968 mais en 1969 à Nice. D’autre part je n’ai jamais été sceptique et réactionnaire (l’un s’oppose d’ailleurs à l’autre), pas plus j’imagine que Robert Crumb, au sens usuel, c’est-à-dire politique du terme. Si j’ai dit cela c’est que j’ai pris un mot pour un autre, comme le dirait Jean Tardieu.  

C. Rosset, 15 septembre 2012

14/08/2012

FILM: "L'Enclos du Temps", Jean-Charles Fitoussi

Jean-Charles Fitoussi, cinéaste proche de Clément Rosset, et notamment illustrateur de la réédition de La Folie sans peine, parle dans Libération de son film L'Enclos du temps (nouvel opus de la série Le Château de Hasard). Il y est aussi question du hasard, du deuil, de la joie, et de Clément Rosset. C'est ici. Signalons la présence à l'écran de notre ami Santiago Espinosa ainsi que celle de Frédéric Schiffter et que le film a été présenté au 65e Festival du film de Locarno.




J'en profite pour signaler la naissance d'une ressource inestimable, un "Site officiel de Clément Rosset",  encore en construction, conçu par le même Santiago, et qui regroupe une liste très probablement exhaustive des apparitions bibliographiques, journalistiques et médiatiques de Clément Rosset, ainsi qu'une liste de traductions, de commentaires, et quelques autres surprises. Bravo à lui !

03/08/2012

[EN KIOSQUE] Hors-Série de Philosophie Magazine sur la BD...

... avec Clément Rosset évidemment (ci-dessous le sommaire du numéro tel qu'il apparaît sur PhiloMag) ! qui nous parle ici du grand cartooniste américain Robert Crumb, auquel est consacrée une grande exposition au MAM à Paris.



La vie a-t-elle un sens ? Evidemment non. Faut-il mourir ou vivre ? Vivre évidemment. Mais pour le savoir, vous savez ce qu'il vous reste à faire !


Sommaire

Hors-série spécial bande dessinée : la vie a-t-elle un sens ?

Comme le sparadrap du Capitaine Haddock, la question du sens de la vie  n'est pas de celles dont on se débarrasse facilement. Beaucoup s'y sont essayés, de Camus à Monty Python et de Leibniz à Woody Allen,  mais aucun n'y est aussi bien parvenu que certains dessinateurs. S'il est un domaine où la bande dessinée possède une supériorité évidente sur tous les autres arts, c'est bien dans cette capacité à exprimer en trois mots et deux traits de crayons  pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien, s'il faut mourir ou vivre et si vraiment tout cela a un (non) sens.
Et nous ne doutons pas que le lecteur de ce numéro spécial bande dessinée y trouvera, structuré en six questions essentielles, de quoi affronter sur la plage ses vagues à l'âme ontologiques…

Tout cela a-t-il un (non) sens ?

Où l'on lira avec le philosophe anglais Julian Baggini comment lesPeanuts offre les avantages du  postmodernisme sans les inconvénients et pourquoi les comics offrent le médium le mieux adapté à la philosophie. Mais aussi, avec l'historien des idées Pascal Ory, comment l'esprit vint àCosinus ou encore, avec le philosophe Elie During et l'écrivain Martin Winckler quelques vérités sur Calvin et Hobbes. Et enfin, last but not least, une double page originale de Lewis Trondheim.

A quoi servent les héros ?

A nous protéger du danger pardi, répond Boris Cyrulnik dans un éloge enflammé de Rantanplan. Et l'on verra que de Marshal McLuhan àUmberto Eco, de Tristan Garcia aux philosophes Fréderic Worms etPaul ClavierSupermanSpidermanAsterix et Lucky Luke n'ont  rien perdu de leur éclat

Pourquoi tant de haine ?

Comment la bande dessinée s'est elle saisie des horreurs de la seconde guerre mondiale ? Comment traite-t-elle de la question du mal ? Quelques éléments de réponses à travers Maus et Gen Hiroshima et une histoire complète droit issue de l'Amérique middle class années cinquante.

Sommes-nous maîtres de nos destins ?

De Gaston Lagaffe aux héros du plus grand mangaka japonais en passant par les aventures d'une Bovary contemporaine, la philosophe Agnès Gayraud, le psychanalyste Serge Tisseron, et un spécialiste de Flaubert interrogent le déterminisme de nos vies

Faut-il mourir ou vivre ?

Aurelia Aurita, la célèbre dessinatrice de Fraise et chocolat, nous ouvre à son tour une lucarne sur le sens de (sa) vie. Et le philosophe Roland Jaccard fait un éloge des filles de Manara, modernes avant l'heure, tandis que Clément Rosset visite pour nous l'exposition Crumb et que Denis Moreau interroge tendrement les idées noires de Franquin.

La vie est-elle un rêve ?

Six pages d'une histoire complète de Marc Antoine Mathieu, un entretien avec Benoit Peeters, le penseur de la bédé et un voyage à Slumberland, le pays de Little Nemo, avec Pascal Bruckner, viennent conclure ce numéro exceptionnel.

30/07/2012

PARUTION : X. Verougstraete, La joie. Une spiritualité philosophique

A signaler, la parution d'un ouvrage incluant un chapitre sur Clément Rosset:


La joie. Une spiritualité philosophique
Xavier Verougstraete
Préface d’Alexandre Jollien et postface de Pascal Chabot
Accarias – L’Originel
156 pp. / env. 17,75 €





VIDEO - Le temps de vivre - Forum Le Monde Le Mans 2011

Voici l'intervention filmée de Clément Rosset au Forum Le Monde 2011 au Mans, sur le temps.
Merci à G. Braillon pour le lien.

22/05/2012

TRADUCTION: The Real and its Double

A paraître (juillet 2012), la traduction inédite du Réel et son double en anglais, The Real and its Double, par Chris Turner, chez The University of Chicago Press. Déjà largement traduit en espagnol, Clément Rosset ne l'était guère en anglais que sous la forme d'un recueil, Joyful Cruelty: Toward a Philosophy of the Real.



The University of Chicago Press
Traduction Chris Turner
154 pages, 25$
Sortie prévue en juillet 2012

[MàJ] Musique, cinéma, France Culture, Labyrinthe


[21/05/2012]: l'émission musicale Je l'entends comme je l'aime du 20 février 2011, peut toujours être écoutée en ligne, profitez-en!

A signaler également, Clément Rosset était l'invité de Michel Ciment dans Projection privée sur France Culture le 12 mai dernier, pour ses Propos sur le cinéma, recueil de textes divers, récemment réédités aux PUF au format Quadrige, et sélectionnés par Jacques Munier dans l'Essai et la revue du jour le 18 mai.

Les deux émissions peuvent être écoutées en ligne et podcastées.

Enfin, toujours sur le cinéma (mais pas seulement), un article récent dans la revue Labyrinthe que je n'ai pas encore pu consulter car il n'est malheureusement pas encore accessible en ligne, ni librement, ni même via mon abonnement institutionnel... Il doit néanmoins pouvoir se trouver sous forme papier dans les bonnes bibliothèques : Pierre-Yves Macé, « Photo-, phono- et cinématographie chez Clément Rosset », Labyrinthe, 36 | 2011





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