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19/10/2007

A partir de rien



"Il n'y a rien de plus précieux à penser que la réalité; or celle-ci ne fait qu'une avec sa propre identité; donc la parole philosophique qui rend le mieux la réalité est celle qui exprime le mieux son identité: à savoir la tautologie. Par ce syllogisme je ne prétends évidemment pas établir que le discours philosophique se réduit au discours tautologique. (...) Je veux seulement suggérer que le discours philosophique le plus fort est d'inspiration tautologique et que tout discours philosophique tenu à partir de l'inspiration contraire, c'est-à-dire de l'intuition dualiste, est plus faible. (...) Que A soit A implique en effet que A n'est autre que A. C'est en cette mince précision supplémentaire que me semble résider la principale richesse de la tautologie, et c'est à partir d'elle que celle-ci peut faire école, affirmant que le réel (...) loge à l'enseigne de la tautologie. Ce qui ne signifie pas que sa philosophie se résume à l'énoncé "A est A", mais que cet énoncé est considéré (...) comme le modèle de toute vérité".


Clément Rosset, Le démon de la tautologie, p. 47-48


"SOCRATE : (…) savoir quelle est la méthode nécessaire pour apprendre ou pour découvrir le réel, voilà probablement qui surpasse mes capacités et les tiennes ! Encore devons-nous nous féliciter de nous être mis d’accord sur ceci : que ce n’est pas des mots qu’il faut partir, mais que, et pour apprendre, et pour chercher le réel, c’est du réel lui-même, qu’il faut partir, bien plutôt que des noms.
CRATYLE : Evidemment, Socrate."


Platon, Cratyle, 439b

22/04/2007

Platon et Bové

Extrait d'un entretien entre Raphaël Enthoven et Clément Rosset paru dans Le Point. Nous précisons que l'Atelier Clément Rosset ne publiera pas de résultats du premier tour des élections présidentielles avant 20h. Il souhaite néanmoins toutes ses chances à José Bové. Platon n'a pas réussi à récolter ses 500 signatures.


"R.E. - Platon et l’altermondialisme, même combat ?

C.R. - Même folie. Platon passe son temps à se demander comment sortir du temps pour entrer dans l’éternité, il passe la vie à douter qu’il y ait une vie avant la mort... De fait, si l’on excepte le fait que Platon est un génie - ce qu’à ma connaissance José Bové n’est pas encore -, il est évident que la métaphysique platonicienne, dictée par l’aversion du seul monde dont on dispose (de ce monde en devenir qui nous expose à la mort, à l’incertitude comme à la perte du désir), fait cause commune avec l’altermondialisme qui, confondant l’exigence et la radicalité, entend changer de monde, plus que changer le monde. Or ce n’est pas en fauchant des champs de blé qu’on fait un autre monde (tout au plus fait-on carrière), ce n’est pas en convoquant des lendemains qui chantent qu’on adoucit le quotidien. Le goût de l’absolu s’épanouit dans l’inefficacité pratique. Entre la volonté platonicienne de subordonner notre monde impur à un univers diaphane et le fantasme délirant selon lequel un « autre monde » (sans injustice ni exploitation de l’homme par l’homme) serait « possible », il n’y a qu’une différence de degré : le maître à penser de l’Occident partage avec les faucheurs d’OGM un semblable déni de la réalité au profit d’un idéal fatalement imaginaire."